Il y a un mot que l’on ne trouve plus qu’en dialecte des Pouilles : mieru. Il vient du latin merum, qui désignait chez les Romains le vin pur, celui qu’on ne coupait pas d’eau. Ici, on l’emploie encore aujourd’hui pour dire « le bon vin ».
Cela raconte assez bien l’histoire de cette terre. Le Primitivo di Manduria était connu des Grecs et des Romains. Puis, pendant des décennies, il a été réduit au rôle de vin de coupage : on venait acheter ses cuves pour renforcer les vins pâles du Nord. Un vin noble devenu anonyme.
En 1928, une poignée de vignerons décide que cela suffit. Ils rachètent une vieille cave, fondent une fédération, et le 9 juillet 1932 la transforment en coopérative. Ils sont aujourd’hui quatre cents, cultivant environ mille hectares. Avec une moyenne de deux hectares par vigneron, chacun fait encore l’essentiel du travail de ses mains — et la moitié du vignoble est conduite en alberello, ce gobelet bas et trapu que l’on taille depuis l’Antiquité et qu’aucune machine ne sait vendanger.
En trente ans, ces quatre cents-là ont rendu au Primitivo ce qu’on lui avait pris. Leur Lirica a décroché les Tre Bicchieri du Gambero Rosso, la plus haute distinction italienne, pour un vin à moins de dix euros. La cave est certifiée en durabilité depuis 2018 et abrite un musée entièrement consacré à la culture du Primitivo.
Nous avons retenu cinq de leurs vins, dont le Madrigale, un Primitivo doux dont on se souvient longtemps. Ce sont des vins de coopérative, au sens le plus noble : le travail de quatre cents familles dans une même bouteille.
