Une vigne de Primitivo commence à donner sérieusement vers quinze ans. À trente, elle est à son sommet. Au-delà, son rendement s’effondre : elle produit de moins en moins de raisin, et ce raisin devient de plus en plus concentré. La plupart des exploitations arrachent. Quelques-unes n’arrachent pas.
À San Marzano di San Giuseppe, dans une commune où l’on parle encore l’albanais transmis par des réfugiés arrivés au XVe siècle, dix-neuf vignerons se réunissent en 1962 pour fonder une cave. Ils sont aujourd’hui près de mille cinq cents, sur plus de mille deux cents hectares. Et parmi ces hectares, il en reste quelques-uns que personne n’a jamais touchés.
Ce sont ces vignes-là qui donnent le Sessantanni. Le nom dit l’âge : soixante ans. Des ceps noueux, bas sur la terre, plantés sur une roche calcaire presque nue où la vigne doit descendre chercher très loin ce qu’elle ne trouve pas en surface. Le rendement est ridicule. La concentration est extraordinaire.
Le vin qui en sort a une robe rubis très dense, un nez de prune et de confiture de cerise avec une pointe de tabac, un corps ample, des tanins veloutés, et une finale qui s’ouvre sur le cacao, le café et la vanille. Il garde tout cela pendant sept ans.
Nous avons retenu six vins de cette maison, dont trois millésimes anniversaires — 50 Anni, 60 Anni et 62 Anni. Ce sont des vins de garde et de méditation, ceux que l’on ouvre en fin de repas quand la conversation a ralenti. Servez-les à seize degrés, dans un grand verre, et laissez-leur une demi-heure.
